mercredi 3 août 2011

Quand une rose s'envole...

Pour célébrer le mois d’août, mois du deuxième anniversaire de mes puces, j’avais très envie d’enfin écrire l’histoire de ma grossesse, l’histoire de leur naissance. Une grossesse difficile, particulière, mais au dénouement heureux. Par contre, un récent évènement a changé ma façon de vous la raconter.

La semaine dernière, la fille d'une amie virtuelle est décédée, dans ses bras. Rose est partie, après un an de dur combat avec la vie. Un an sous respirateur. Une année remplie de sourire et de surprenant revirement.
Rose et Alys sont nées à 29 semaines, d’une césarienne forcée puisque le syndrome transfuseur-transfusé était dangereux pour leur vie et le cœur d’Alys étaient trop surchargé et risquait de s’arrêter. Alys est sortie de l’hôpital trois mois plus tard, mais Rose n’est pas sortie. Elle n’arrivait toujours pas à respirer d’elle-même un an plus tard, mais c’est avec une force hors du commun qu’elle a traversé cette seule année de vie. Une force si grande que tout le monde à cru qu’elle serait l’exception, tout le monde à cru qu’elle respirerait et qu’elle sortirait de ce triste lit d’hôpital. Rose a rit à émouvoir tout le monde. Mais malgré toute sa force, ses poumons nés trop petits n’ont pas réussis à se développer adéquatement et Rose a cessé son combat rendu trop douloureux. (Pour tout connaître de Rose et sa famille, cliquez ici)

Depuis le 29 juillet 2011, 12h28, ce n’est pas simplement une petite famille de la rive-sud qui est en deuil, c’est tout une communauté. Toutes les mamans qui portent plus d’un enfant à la fois ce sont senties interpellées par cette histoire. Soit parce qu’elles sont passées par là, soit parce qu’elles ont la chance d’y avoir échappé.
Je sentais depuis déjà un an que mon destin était intimement relié à cette famille même si je n’ai rencontré cette merveilleuse maman qu’une seule fois.
Lorsque l’on vit une grossesse gémellaire, la prématurité, bien que plus fréquente que dans les grossesses singulière, arrive toujours de façon surprenante. Cette maman et moi avons toutes deux portés des jumelles identiques. Les siennes sont nées le 7 juillet 2010, à vingt-neuf semaines. Un an plus tôt exactement, moi j’entrais en salle d’accouchement, à vingt-neuf semaines également et le pédiatre en soin néonataux venait s’assoir au pied de mon lit. Cette nuit là, ou pour la seconde fois en quarante-huit heures j’étais couchée dans ce lit d’accouchement, il m’a expliqué tous les risques que mes filles encouraient si mon corps n’acceptait pas de garder mes bébés en parfaite santé, au chaud, un peu plus longtemps. Il m’a parlé autant des risques de paralysie cérébrale que des risques de surdité, que mes enfants soient aveugles ou de déficit d’attention et d’hyperactivité.
À ce moment précis, jamais je n’ai songé que tout ces risques pouvaient nous concerner. La douleur des contractions aux deux minutes était si grande que j’ai naïvement souhaité que mes filles naissent.
Mon parcours hospitalier de vingt-et-un jours et mes six semaines alitée m’ont sauvé de ce que cette mère à vécu. Pourtant jamais je n’ai eu de gratitude dans les mois qui ont suivit leur naissance. J’ai eu si mal et la solitude à l’hôpital à été si difficile que j’en ai voulu à mon corps de ne pas les avoir laissé naître avant.
Mon inconscience m’a bouleversée quand Alys et Rose sont nées en 2010. Alys et Rose n’ont pas eu la chance de mes filles. Leur mère n’a pas eu le choix de les laisser naître, le cœur complètement brisé. Ces jumelles sont passées par plusieurs des difficiles étapes décrites par le pédiatre assis au pied de mon lit.
Ma grossesse et les mois qui l’ont suivit on été si difficile pour mon corps et mon cœur que j’ai fait une dépression. J’ai voulu tout lâcher. Pourtant jamais je n’ai traversé les étapes que cette mère a vécues. Je n’ai rien perdu. J’ai simplement gagné ce qu’elle aurait rêvé de vivre, mais j’ai quand même su m’apitoyer sur mon sort.
J’ai beaucoup de culpabilité face à la désinvolture que j’ai eue pendant mon hospitalisation. Cette Rose me ramène aujourd’hui les pieds sur terre. J’ai envie de lui rendre hommage à elle et à sa maman également. Parce que sans elle, jamais je n’aurais pris conscience de la chance que j’ai eue. Jamais je n’aurais pu réaliser à quel point la vie est fragile et précieuse. Jamais je n’aurais regardé mes enfants avec ces yeux.
La mort de Rose me fait grandir. Sans sa vie, je n’aurais pas vu les choses de cette façon. Elle fera maintenant partie de mon ciel étoilé et quand les journées seront trop difficiles dans ma maison mouvementée, c’est à elle que je penserai pour continuer à avancer.

3 commentaires:

  1. Très, TRÈS touchant Mariève... quel magnifique texte. Rose nous a définitivement touchés et a aussi changé ma façon de voir la vie! Je pense à elle chaque jour...

    Tmsara

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  2. C'est tellement vrai ce que tu écris, Mariève. Trois ans après, j'ai moi aussi encore du mal à en revenir de l'arrivée de mes cocos et je me considère également très chanceuse quand je pense à d'autres. Mais chaque parcours est différent et je pense que tu as le droit, toi aussi, de trouver ça difficile.
    Cela dit, moi aussi, je pense à Rose chaque jour et je remercie la vie d'avoir deux beaux enfants à chérir.

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  3. C'est vraiment très touchant ce que tu écris.
    Bravo, tu lui rends un très bel hommage à cette petite Rose et sa maman.

    Lucie

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