Je dois avouer que le temps, dans ma vie en général, est un obstacle imbattable. Rien de va jamais assez vite. Même si j’ai toujours l’impression de courir. Pour moi, profiter du moment présent est impossible.
En avril j’aurai 29 ans, et comme à chaque année je me réjouis d’avoir terminé une autre année de ma vie. J’adore vieillir puisque ça signifie que le temps file, que je n’ai pas à mettre ma patience à rude épreuve pour réaliser mes rêves.
Cette semaine je suis d’ailleurs tombée sur un reportage de Paul Arcand à la radio dans lequel il diffusait cette statistique plutôt désarmante : « La majorité des hommes commencent à se sentir vieux à l’âge de 48 ans. La majorité des femmes se déclarent, quand à elle, vieille à 29 ans. » Je dois dire que ce constat est, à mes yeux, tout à fait pathétique.
Bref, contrairement à toutes ces personnes, bien que j’aie apprécié chacun des moments présents vécus, je me réjouis du temps qui passe, je me réjouis d’entrer dans mon futur. C’est ce futur qui m’anime. C’est pour cette raison que j’ai tendance à précipiter les choses. C’est pour cette raison que j’ai voulu mes enfants jeunes, que j’ai voulu un deuxième enfant (arrivé en double) rapidement. Certaines personnes appellent théoriquement ce phénomène l’appel du ventre. Un mélange d’hormone de filles et de tempérament qui fait qu’inévitablement il faut concevoir un enfant dans les jours qui suivront sous peine de SPM outrageusement terrible (même si la nature exige un tant soi peu plus de patience!). Je confirme que cet appel est viscéral et profond. Par contre, dans mon cas, au lieu d’apparaître à la mi-vingtaine, il est apparu pendant l’enfance et à changer d’objectif dès l’instant ou le premier était atteint… Disons que j’ai l’appel du futur vraiment puissant (Il ne me manque juste une Doloréane pour vivre un bonheur parfait!)
Comme mère, je vois donc également les choses sous un autre angle. J’ai hâte à leur rentrée scolaire (pour les nuits de sommeils évidemment, mais aussi pour les voir apprendre), hâte d’accueillir leur amis (en espérant que le taux de chicane diminue avec l’accès à des intrus dans le cercle de colère), hâte de connaître leurs rêves, leurs ambitions (parce que pour l’instant il y en a un qui sera grand pour boire de la bière, une qui suce son pouce et l’autre qui se fait vomir pour obtenir ce qu’elle veut !). J’anticipe avec beaucoup de bonheur les repas animés en famille (sans nourriture sur le plancher et avec des conversation composées d’autres mots que le « non ») leur départ de la maison (bon, je ne suis pas si pressée, mais c’est une étape quand même intéressante dans une vie familiale), les retrouvailles avec mon conjoint (notre vie de couple à nous, j’en rêve souvent présentement…Je suis d’ailleurs tombé sur l’article d’une maman blogueuse qui faisait l’éloge de la retraite pour cette raison), les petites inquiétudes relatives à leur première relation de couple et tout le tralala.
Je considère que chaque étape de la vie comporte son lot de bonheur. J’ai hâte de les vivres et je m’y précipite sans égard aux difficultés. Je n’ai pas attendu la carrière établie, je n’ai pas fait le tour du monde, je n’étais pas propriétaire… J’ai couru vers mon bonheur les yeux fermés. Je sais que je n’ai pas choisi le chemin le plus facile, mais jamais je n’ai songé à cultiver ma patience pour vivre chaque étape en son temps. Même si certains moments anticipés font maintenant partie du passé, je ne ralentirai pas le pas. Encore une fois cette année, je vieillis d’un an et j’entre avec le sourire dans une nouvelle tranche de ma vie.