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samedi 26 février 2011

Ces arts oubliés

Je n'y comprends rien. Quand j'ouvre la lingerie chez mes parents ou chez mes beaux-parents les piles sont rectangulaires, alignées, ordonnées. Tout le contraire de chez nous. Je n'arrive pas à plier les draps contour et ma solution est d'en faire une boule plus ou moins plate que je glisse dans ma pile. On a eu beau m'expliquer comment faire, je n'y arrive pas. Il faut regrouper les coins, puis former un carré et plier comme un drap plat. IMPOSSIBLE. Je perds patience et j'abandonne. Je n'ai d'ailleurs pas les bras assez long pour y arriver proprement. C'est à croire que nos grands-mères avaient des bras considérablement plus long ou bien que nos lits sont beaucoup plus grand (cette solution me semble d'ailleurs plus réaliste, mais l'idée d'une grand-mère au grand bras me plaît bien.) Bref, je ne pourrai poursuivre cette tradition maternelle pour l'enseigner à mes enfants. Elle disparaîtra. Puis, j'ose croire que je ne suis pas la seule mère qui ne compte pas ce talent parmi les siens et qui roule en boule ces merveilleux draps élastiques.

Quand j'y pense, il y a plein de tradition maternelle comme cette dernière qui se perdent avec les années. Ça peut sembler peu important, mais il y a quelque chose de grandement organisé, de grandement maternel dans ces petits gestes qui disparaissent. Le féministe, la défense des droits de femmes à eu quelque chose d'hautement salvateur, mais cette prise de position sociétaire des femmes à contribuer à faire disparaître ces petits gestes qui meublaient autrefois le temps.

Si je jette un œil aux femmes qui m'entourent, ces femmes de ma génération, qui ont des jeunes enfants fréquentant des garderies, qui concilient travail-famille du mieux qu'elles peuvent, leur vie semble peu peuplée des traditions des femmes d'autrefois. Je peux compter sur mes doigts celles qui cuisinent pour le plaisir, celles qui savent faire des gâteaux, des biscuits, des beignes, des tartes, des ragoûts, du roastbeef, etc. Je peux compter sur une main celles qui savent coudre et qui s'en servent dans la vie de tous les jours pour confectionner elle-même des vêtements, des draps, des nappes, des rideaux. J'ai trop d'une main pour compter ces femmes qui savent broder, qui savent tricoter, qui savent tisser, qui conçoivent eux-mêmes des objets qui leur permettre d'économiser et de voir fièrement leur entourage utiliser le résultat de leur besogne au quotidien.

Je ne doute pas des bienfaits de l'évolution, mais tristement je regrette la perte de ce savoir. Je suis heureuse de pouvoir acheter, sans effort, tout ce dont j'ai besoin et je suis heureuse de trouver ma confiance, ma fierté ailleurs que dans ces tâches du quotidien.

Je me questionne par contre sur l'héritage que je laisserai à mes enfants, à mes possibles petits-enfants. Ma grand-mère tricote des pantoufles à mes enfants, conçoit des nappes au crochet. Moi je sais travailler, j'ai un certain talent et plaisir culinaire, mais c'est tout. Je ne pourrai leur apprendre à faire leur bord de pantalon puisque je fais faire les miens par ma belle-mère. Je ne pourrai leur enseigner à tricoter, ni à tisser, ni à broder et encore moins à plier les draps contour puisque je ne sais pas comment faire.

À l'adolescence, si ma mère n'avaient pas connu les rudiments de ces arts, j'aurais toujours pu compter sur les cours d'économie familiale pour apprendre la couture, la cuisine, etc. Je sais, je n'ai rien retenu, mais avoir voulu, j'aurais pu maintenant le savoir. Aujourd'hui, ces cours n'existent plus. Aujourd'hui l'école sert à apprendre ce qui est intellectuellement et socialement utile. Le reste doit s'apprendre et se faire à l'extérieur du milieu scolaire.

Qu'arrivera-t-il donc à ces merveilleuses traditions. Je ne pourrai confectionner de merveilleux habits pour la sortie de l'hôpital de mes petits-enfants. Je suis aujourd'hui attristée par ce constat. Sans en blâmer l'évolution du féminisme ou de la maternité, j'y vois une grande perte d'un héritage familial typiquement féminin. On pourrait débattre du fait que les hommes auraient également pu perpétuer ses arts, mais au plus profond de moi-même je sais et j'appuie le fait que cet héritage soit uniquement lié à nous, les femmes.

De quoi seront composés nos cercles de fermières quand nous arriverons à l'âge de la retraite et que nous souhaiterons occuper nos journées rendues vides?

En attendant de trouver une réponse à toutes ces questions, je garde précieusement mes parts de ces héritages. J'emballerai et conserverai comme des trésors ces couvertures tissés par la grand-mère de ma belle-sœur, ces couvertures tricotées par ma grand-mère et par ma belle-grand-mère. Je protégerai comme de l'or ces vestes, ces chapeaux et ces mitaines tricotés par ma belle-mère dans l'espoir de les céder, comme un héritage des femmes qui auront composé et qui composent ma famille.

mardi 31 août 2010

Hôpital vs maisons de naissance

J’ai l’habitude de suivre assidument quelques blogues de mamans parce qu’ils sont éloquents, touchants, divertissants, intéressants. Je suis tombée dernièrement sur un article qui parlait d’accompagnement face à l’accouchement de façon très intéressante et qui mentionnait indirectement l’importance des maisons de naissance et la surmédicalisation présente dans les hôpitaux.

Ce texte m’a amené à réfléchir sur ce nouveau débat concernant l’accouchement. Je ressens un grand malaise face à ce sujet. J’ai l’impression que l’on souhaite nous démontrer qu’il existe une seule "vraie" façon d’accoucher: l’accouchement naturel, sans médication.

Je discutais de cet inconfort avec ma grand-mère et j’ai senti beaucoup d’insatisfaction dans ses réponses. Elle est dérangée par ce débat et ne le comprend pas. Les femmes de sa famille se sont battues pour avoir accès à un accouchement sécuritaire et gratuit dans le milieu hospitalier, avec anesthésie. Avant son mariage, sans savoir qu’elle aurait dix enfants, elle a fait promettre à mon grand-père qu’elle mettrait ses enfants au monde à l’hôpital. Ses dix enfants sont nés à l’hôpital et ma grand-mère (tout comme mon autre grand-mère d’ailleurs) a donné naissance sous anesthésie générale. La plus jeune de ses filles n’a que 36 ans et jamais son avis n’a changé sur la façon dont elle aurait pu donner la vie. Ce qui la fait le plus réagir ce sont les discours sur le retour aux accouchements avec sage-femme comme nos grands-mères. Selon elle, ce discours n'est pas représentatif, malgré ce que certains livres en disent.

Son attitude est probablement influencée par son historique familial. Sa mère est décédée des complications d’un accouchement naturel à la maison. Elle avait probablement peur de vivre la même chose (ou de ne pas survivre). Je suis tout à fait consciente que la science à évoluer depuis, que les accouchements en maison de naissance sont humains, chaleureux, extrêmement sécuritaires et que les accompagnantes sont très bien formées. Je suis aussi d'avis que la préparation et l'accompagnement sont nécessaires au bon déroulement de cet évènement. J’ajouterais, par contre, que les pratiques hospitalières ont, elles aussi, évoluées.

J’ai beaucoup de difficulté à accepter le "hôpital bashing" qui accompagne souvent ce discours, sous prétexte que l’accouchement à l’hôpital a été pensé par des hommes, dans un milieu d’hommes. Je sais que les hommes n’ont jamais accouché et je suis d’accord que certains peuvent faire preuve d’un détachement qui rend leur suivi inadéquat. Par contre, la généralisation me fâche.

Je n’ai jamais entendu aucune femme ayant accouché à l’hôpital juger celles qui accouchent en maison de naissance, bien qu’elles ne partagent pas toujours les motivations menant à ce type d’accouchement. Je sens par contre que le jugement inverse est présent. On devrait se sentir moins femme quand on choisi la péridurale et que l'on donne naissance sans douleur dans un environnement stérile. Pourtant, même à l'hôpital la femme a le choix du type d'accouchement qui lui convient le mieux. J'ai donné naissance à mes trois enfants à l'hôpital et j'ai été merveilleusement bien accompagnée par des infirmières épuisée et par des médecins débordés. Je suis également d’avis que nous ne sommes pas toutes constituées de la même façon et que nos corps n’ont pas tous les mêmes limites. Il n'y a rien de moins prévisible qu'un accouchement et ce discours sur l'accouchement parfait manque de nuance.

Sans mon médecin qui s’est entêté pour m’éviter la césarienne, j’aurais eu beaucoup de difficulté à me remettre de la naissance de mes jumelles. Sans anesthésiste, sans forceps et sans les connaissances médicales de ces hommes, j’aurais pu perdre une de mes filles, coincée au fond de mon utérus qui ne contractait plus. Sans infirmières, pédiatres, résidents qui m'encourageaient à pousser ce deuxième bébé, je n'y serais peut-être pas arrivée. Sans leur médecine et sans médications, j’aurais pu perdre la vie parce que mon corps n’expulsait pas mes placentas et que je perdais beaucoup de sang. C’est pour cette raison que j’ai autant de mal à comprendre cette guerre inutile.

Ce débat et les jugements dont il est parfois constitué m’affligent. À mon humble avis, il est impossible d'échouer en accouchant. Il n’y a pas de "bonne" façon de donner naissance. Il s'agit d'un accomplissement incroyable pour une femme, peu importe le déroulement et il est important d'être fière de cette réussite.

Je crois que l'hôpital et les maisons de naissance représentent tous deux des choix intéressants. Il est vrai qu'il faut défendre cette chance de pouvoir choisir mais, j'aimerais aussi qu'en 2010 chaque femme ait la chance d'être respectée dans le chemin qu'elle emprunte pour devenir mère.